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page folle

狂った一頁

Polychronies :
Composition : Kazuko Narita
Jacques Keriguy : Conception
Bernard Boellinger : Percussions
Florent Fabre : Direction Artistique et Percussions

Marie-Sophie Perez : Flûtes
Cyril Coppini : Benshi (récitant)

Renseignements /Réservations : 0781 26 26 11

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Tourné en 1926 , « Une Page folle » a suscité l’incompréhension ; quatre-vingts ans après, ce film continue de surprendre en raison de son caractère novateur et de son audace formelle. Le spectateur est contraint à faire intervenir son imagination ou des éclats de sensations extraits des profondeurs de son inconscient pour combler les lacunes et les ambiguïtés du scénario.

Mise en Page

Dans les années vingt, Kinugasa est solidaire de l’« École des nouvelles sensations » ; Kawabata en est le théoricien. Son manifeste, « Note sur les nouvelles tendances des nouveaux écrivains » , est un plaidoyer passionné en faveur de la modernité. Il « développe une réflexion inédite au sujet de la place qu’occupent les sensations dans la vie des hommes. » L’évolution de la littérature en Occident apporte une réponse à cette préoccupation l’objet, l’autre s’identifie à soi. Le scénario d’Une Page folle met en application ces théories. Partagées, assimilées, par le cinéaste, elles donnent naissance à ce film singulier.

Un vieux marin, employé dans un hôpital psychiatrique, cherche à libérer sa femme, internée après le meurtre de leur enfant. Il évoque les moments heureux de leur vie commune. À cet instant, un vent de révolte agite l’hôpital. Quand il reprend son travail, il comprend que sa femme refuse de le suivre. Les images fusent, s’amoncellent, se font, se défont : souvenirs, joies, peines, angoisses, désespoir de l’époux rejeté, hallucinations des déments. Le rythme effréné de leur succession sur l’écran, les trucages audacieux, la maîtrise du montage éblouissent et donnent le vertige.

Si l’on considère que ce manifeste et le scénario d’Une Page folle marquent l’avènement de l’immense écrivain qu’est devenu Kawabata, comment ne pas remarquer que son dernier roman, Tanpopo, « Les Pissenlits », dont la rédaction a été engagée en 1964, mais qui est demeuré inachevé, reprend certains des thèmes traités dans le film. Une jeune femme est conduite dans un asile psychiatrique par sa mère et son fiancé. Elle souffre du symptôme de cécité devant le corps de l’homme qui l’aime et qui espère l’arracher à l’hôpital. Entre autres propos rapportés par les personnages, on trouve le récit d’un infanticide. Coïncidences ? Peut-être, mais, parvenu au terme de sa carrière littéraire, Kawabata ne veut-il pas signifier, de façon plus explicite que ne l’a fait l’auteur du scénario, l’impossibilité d’imprimer l’être dans une réalité qui échappe aux sens autant qu’à la raison ; seules l’imagination, la mémoire, parfois, l’intuition ont pouvoir de dépasser l’incohérence des images projetées par cette réalité et captées par les sens. Négation de l’esprit, négation de l’amour, aussi, car les sentiments s’engloutissent dans l’inconscient.

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Notre intention a été de présenter au public le film en lui proposant aussi fidèlement qu’il est possible les conditions dans lesquelles il a été créé en 1926. Jamais encore une telle tentative n’a été entreprise en France, où l’on s’est contenté de superposer aux images des notes d’inspiration occidentale dominées par le jazz ou, très éloignées de la tradition japonaise.

C’est pourquoi il a été décidé de faire appel à une compositrice japonaise, Kazuko Narita, pour définir la trame du commentaire musical, qui laissera place à une improvisation contrôlée. A également été retenu le principe de faire appel à un narrateur, le benshi, qui commentait les films muets.. Cette intervention semble d’autant plus nécessaire que le film ne contient pas d'intertitres, ce qui le rend difficile à suivre pour le public moderne.

Très populaire au Japon à l’époque du cinéma muet, jusqu’au milieu des années 1930, le benshi avait pour rôle d’expliciter et de commenter les films. Totalement maître de la composition du texte, il pouvait rédiger et lire des dialogues ou introduire des interprétations, des observations de son choix. Confiée à des hommes surtout, mais aussi à des femmes, cette fonction apportait à qui l’exerçait avec talent un prestige supérieur à celui des acteurs, du réalisateur, même, comme le prouve la place attribuée au nom et à la photographie du benshi sur les affiches annonçant les projections.

La correspondance entre le scénario et l’œuvre ultime de Kawabata, Tanpopo, a justifié que ces sources fournissent de façon exclusive les mots prononcés par le benshi lors de la projection du film. C’était, nous semblait-il, garantir l’unité de l’œuvre et établir un équilibre entre les images, la musique et les mots qui les ont inspirées.

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